LES MOUVEMENTS-R2
- Michel P. AMISI

- 30 sept. 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 oct. 2024
Les Trois Premiers Siècles
(2ème PARTIE)

LE MOUVEMENT APOSTOLIQUE ORIGINEL et L’AVÈNEMENT DES NOUVEAUX MOUVEMENTS LORS DES TROIS PREMIERS SIÈCLES
À la fin du troisième siècle de notre ère, la cité de Rome (où se constitue une société pluriconfessionnelle, mélange de plusieurs cultes du monde) est la ville principale du grand Empire romain ; et compte tenu de nombreuses approches doctrinales dont ‘le mouvement apostolique originel’ fit face, c’est particulièrement dans cette cité cosmopolite (appelée ‘le centre du monde’) que se trouvèrent les épicentres des divers mouvements qui vont progressivement être mis en place au cours des générations succédant celle des premiers fidèles disciples et apôtres de Jésus-Christ.
En effet, en plus d’endurer les persécutions édictées par le système impérial romain, pour parvenir à s’adapter aux cultures extérieures sans pour autant subir leurs rites et leurs cultes, et être capables de maintenir sa propre foi dans un milieu de culte païen ; les communautés chrétiennes, dès le début du deuxième siècle, vont commencer à se structurer (passant de simple alliance entre groupes en organisation ecclésiastique plutôt solide). Elles bénéficièrent de plusieurs écrits de la part des patriarches post-apostoliques qui prodiguèrent nombreux avis et conseils relatifs au style de vie chrétien. Ainsi, sur le plan ecclésial : Le délai concernant le prochain retour de Jésus-Christ, la structure de l’église locale, le ministère particulier d’évêque, le Baptême et la Cène furent les points principaux très largement abordés.
C’est dans ce contexte que parmi les communautés de cinq cités importantes (à la fin du premier siècle) mentionnées dans la Bible -À savoir : Antioche, Corinthe, Ephèse, Jérusalem et Rome-, c’est celle de Rome qui s’affirma comme étant la communauté principale afin de résoudre d’importants conflits concernant les communautés/églises entre elles. C’est donc à cette période (vers l'an 95) que la communauté/l’église de Rome s’attribua pour la première fois un rôle de gardien et de direction de tout le christianisme ambiant. À cette époque, cette démarche fut plutôt globalement acceptée, car les chrétiens la pensaient fondée par l’apôtre Pierre, lequel avait un rôle unique dans le collège des premiers apôtres du Christ.
L’organisation des nouveaux mouvements va être assurée par diverses personnalités qui en furent à l’origine ; ainsi, dans plusieurs autres cités de ce grand Empire, il y aura la mise en place des groupes de personnes adhérant à des approches doctrinales diverses et variées. D’une part chaque nouveau mouvement sera porteur ou vecteur d’un christianisme spécifique (ou différencié) ; et d’autre part les groupes formés seront des communautés/églises dénominationnelles.
Tout en indiquant que ces divers nouveaux mouvements allaient progressivement plus ou moins s'éloigner du mouvement apostolique originel, il est communément admis qu'ils soient en effet répartis en trois tendances (ou orientations) principales, de la manière suivante :
1°) ‘Le mouvement des universalistes’ : cette tendance va être le vecteur du christianisme dénommé universaliste et donna lieu aux communautés/églises dites universelles (ou katholikos, en grec). Notons que ce fut Ignace (35-110) -devenu troisième évêque d’Antioche après l’apôtre Pierre et Evode- qui développa, le premier, la réflexion d’une Église universelle (ou Église catholique). En effet, Ignace d’Antioche se donna pour mission de renforcer l’unité de tous les supposés chrétiens en voulant les protéger contre les relatives hérésies, les diverses et supposées contrevérités bibliques, de son époque. Au début du quatrième siècle de notre ère, le mouvement des universalistes (ou des catholiques) allait devenir le groupe majoritaire dans tout le continent européen au sein du grand Empire romain.
Sachons par ailleurs que, c’est dans notre rubrique « J’ai lu – J’ai compris – J’ai interprété », nous tacherons de commenter les notions controversées du contenu initial et progressif de ce mouvement.
2°) ‘Le mouvement des gnostiques’ va, quant à lui, être porteur, détenteur, du christianisme dénommé intérioriste et mit en marche les communautés/églises dites tolérantes ou libérales.
Philosophe païen converti au christianisme, Marcion de Sinope (actuelle Sinop, en Turquie), devenu prédicateur itinérant, est connu comme étant, au courant du deuxième siècle, l’un des fervents partisans du gnosticisme dit chrétien. Longtemps affilié à l’église de Rome, Marcion s’en sépara pour fonder sa propre communauté basée sur son courant de pensée appelé le marcionisme. Il fut ainsi à l’origine du premier grand schisme (vers l’an 144). Car en plus de son attachement au gnosticisme,
il opposa radicalement le Dieu créateur manifesté à Moïse au Dieu d’amour qui s’est manifesté en Jésus-Christ ; au point de rejeter les divers livres de l’Ancien Testament et une partie du Nouveau Testament. Sachons, par ailleurs, que la doctrine gnostique (mélange de croyances antiques concernant le salut et du christianisme naissant) va atteindre son apogée vers la fin du deuxième siècle dans plusieurs territoires de l’Empire romain. Cette doctrine présentait principalement : Le salut par la connaissance de soi, la reconnaissance de l’étincelle divine en soi pour retourner au foyer originel, et le concept de l’état intemporel.
3°) ‘Le mouvement des rigoristes’ : Cette orientation va être le vecteur du christianisme dénommé élitiste et donna lieu à la mise en place des communautés/églises dites rigoristes et charismatiques. La personne, qui incarna le plus ce mouvement assez spécifique dès la première moitié du deuxième siècle de notre ère, s'appelle Montanus de Phrygie (ancien pays d'Asie Mineure, actuelle région en Turquie). Probable ancien prêtre païen converti au christianisme, Montanus devint très vite après sa conversion, l’initiateur d’une importante tendance spirituelle appelée « la Nouvelle Prophétie », laquelle se propagea largement de l’Asie Mineure à l’Afrique du Nord. Cette dernière énonça qu’au lendemain d’une catastrophe naturelle imminente, Jésus Christ reviendrait instaurer son grand royaume de mille ans ; et en attendant ce retour les croyants devraient avoir une vie ascétique très stricte (L’ascèse étant un ensemble d'exercices physiques et moraux destinés à libérer l'esprit par le mépris du corps en vue d'un perfectionnement spirituel ou moral).
Ainsi, c’est vers l’an 190 que les représentants de nombreuses églises se réunirent et décidèrent d’exclure tous les disciples montanistes de l’ensemble de la communauté chrétienne.

LE MOUVEMENT APOSTOLIQUE ORIGINEL et
LES PERSECUTIONS LORS DES TROIS PREMIERS SIÈCLES
Il est écrit dans la Bible : « Souvenez-vous de ce que je vous ai déjà dit : le serviteur n’est jamais supérieur à son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi ; s’ils ont gardé mes paroles, ils garderont aussi les vôtres. » Jean 15v20
Conformément à la déclaration ci-dessus faite par leur Maître et Seigneur, Jésus le Christ, il ne fut donc pas surprenant que ses premiers disciples et ambassadeurs soient devenus l’objet des persécutions de la part de ceux qui ne toléraient pas les activités missionnaires et les diverses convictions auxquelles les nombreux chrétiens s’engageaient.
Ainsi les écrits bibliques nous relatent comment, dès les premiers instants de la proclamation du message chrétien, Etienne devint le premier martyr dans sa propre nation[17]. Il sera suivi par la mise à mort de l’apôtre Jacques (fils de Zébédée et frère de l’apôtre Jean) qui fut décapité, en l’an 43-44, sous les ordres du roi Agrippa 1er (ou Hérode Agrippa). -Agrippa 1er : Né en l'an 10 avant J.-C., petit-fils d'Hérode le grand, fils d'Aristobule et de Bérénice et neveu d'Hérode Antipas...
Après les événements très poignants concernant Etienne et l’apôtre Jacques ; la longue série, de persécutions aussi bien physiques que mentales contre les nombreux disciples de Jésus-Christ, s’ouvrira. Voyons alors quelques persécutions majeures qui se sont concrétisées durant les trois premiers siècles de notre ère (de l’an 60 à l’an 300) ; sachant que ces dernières furent systématiquement organisées par divers empereurs romains qui dominaient le monde lors de cette longue période de l’Histoire de l’Humanité.
Parmi les empereurs régisseurs de ces persécutions, il y a eu progressivement :
- L’empereur Néron - L’empereur Domitien - L’empereur Trajan - L’empereur Marc-Aurèle - Les empereurs Dèce et Valérien - L’empereur Dioclétien...

Je vais clore ce premier numéro, en signalant qu’en ce qui concernait les discussions doctrinales entre les membres des trois principaux mouvements que nous venons de présenter ; il est important de savoir que, jusqu’à l’arrivée au pouvoir du célèbre empereur romain nommé Constantin le grand[22] qui lancera la grande mise en place d’un système clérical étatique[23] dont nous allons faire allusion au prochain numéro, seule la force des déclarations ou des justifications -basées ou pas sur les écrits bibliques- permettait que les concepts thématiques des uns puissent dominer ou prévaloir sur ceux des autres. En effet, à part le fait majeur de s’excommunier les uns des autres, ces mouvements se côtoyaient sans violence, ni grave incident, dans les principales cités concernées par leurs diverses missions ecclésiastiques au sein de tout l’Empire romain.
______________________
PROCHAIN NUMÉRO : Les Mouvements : Du 4è Au 11ème siècle. Du premier Christianisme d'État Au Christianisme Romano-Byzantin > VERS LA DOMINATION
DU‘MOUVEMENT DES UNIVERSALISTES’.
========================================================================
Pour dates et lieux : les informations sont tirées du livre intitulé « MEMOIRE DU
CHRISTIANISME » - Editions Larousse 1999.
---
[17]Actes 7v59
[18] Matthieu 2v16-18
[19] Apocalypse 6v10-11
[20] Dynastie fondée par Octave dont les successeurs sont : Tibère, Caligula, Claude et Néron
[21] Ce monarque est connu pour avoir organisé la prise de Jérusalem et la destruction annoncée par Jésus-Christ du Second Temple en l’an 70 ap.J.C.
[22] Constantin 1er est proclamé 34è empereur romain en l’an 306 par les légions de Bretagne (actuel sud de la Grande-Bretagne), et il est mort en mai 337, après 31 ans de règne.
[23] Le cléricalisme est un positionnement idéologique qui prône la prédominance des idées religieuses et du clergé dans la vie publique et politique.


Commentaires