top of page

LES MOUVEMENTS-P2

Dernière mise à jour : 15 juin 2023

2èMe PARTIE : DU 4ème au 11ÈME SIÈCLE

NAISSANCE ET ÉVOLUTION DU ‘CHRISTIANISME OFFICIEL ROMAIN’ (ou DU ‘PREMIER CHRISTIANISME D’ÉTAT’)

Avant de présenter les principaux mouvements, relatifs à la notion du christianisme ambiant -du 4ème au 11ème siècle- ; je vais d’abord très brièvement traiter la naissance du premier christianisme d’État. En effet, lors de notre précédent numéro, nous avons indiqué qu’à la fin du troisième siècle de notre ère, suite aux approches doctrinales divergentes développées parmi ceux qui étaient concernés par le mouvement apostolique originel (porteur du christianisme primitif) plusieurs tendances ou concepts vont émerger et se repartir en trois autres principaux mouvements (dénommés les universalistes, les gnostiques et les rigoristes) dont chacun sera porteur d’un christianisme caractérisé.

Tandis que la première décennie du quatrième siècle fut marquée par une forte persécution ciblée de celles et ceux qui se proclamaient disciples de Jésus-Christ, sachons que pendant longtemps les débats doctrinaux, qui concernaient ces mouvements, se réglaient sans aucune intervention des personnalités impériales et politiques en place. Toutefois, l’arrivée au pouvoir de l’empereur Constantin le Grand, au début de la deuxième décennie du quatrième siècle, va nettement modifier les conditions existantes. En effet, peu de temps après sa prise totale du pouvoir au sein de l’empire romain occidental suite à sa victoire contre le tyran Maxence[2] ; c’est au cours de l’année 313 de notre ère, par un acte officiel (appelé Edit de Milan) que va être scellé l'accord entre Licinius (co-empereur romain en Orient) et le nouvel empereur en Occident Constantin -ce dernier ayant consenti à titre personnel à la croyance spirituelle appelée christianisme- qui mettra fin à toute intolérance envers ceux qui la pratiquaient et signifia que désormais l’ensemble du christianisme, à l’égal de toutes les autres pratiques spirituelles en vigueur dans tout son empire, devrait être considéré comme l’une des spiritualités/religions officielles autorisées par l’État romain dont lui-même est devenu le prélat et le chef suprême.

Est-ce tout ceci fut de la part de Constantin 1er le fruit d'une foi sincère ou d'un calcul politique ? Certainement lui ne pourra pas nous repondre ; mais en tout cas, c’est ainsi que va être mis en place ‘Le christianisme officiel romain’ (ou ‘Le premier christianisme d’État’).

Plus loin nous aborderons l’évolution de ce christianisme officiel qui va donner lieu à des diverses communautés/églises dites nationales en Europe, en Afrique et en Asie du 4è au 11è siècle.


LISTE DES PERSONNALITÉS MAJEURES EN RAPPORT

AVEC LE PREMIER CHRISTIANISME D'ÉTAT.

Avant d'analyser la domination des universalistes/catholiques au sein du premier christianisme étatique, qui fut initié sous l'égide de l'empereur romain de l'époque, je tiens à signaler que plusieurs personnalités clés (au moment de son avènement) prirent position en étant pour ou contre cette importante tendance politico-spirituelle. Parmi ces dernières, il y a eu principalement : Arius de Cyrénée - Donat le grand - Jérôme de Stridon - Pelage de Bretagne - Augustin d'Hippone - Nestorius de Germanicie (Cliquez-ici pour en savoir + : Mini-portraits)


LA DOMINATION DES UNIVERSALISTES NICÉENS et L’EMERGENCE DES MOUVEMENTS CONTESTATAIRES

DE L’AN 313 À L’AN 1054.

Le fait, que le mouvement des universalistes/catholiques puisse encadrer exclusivement le premier christianisme d’État comme étant la seule dénomination religieuse obligatoire établie au sein de l’Empire romain dès l’an 381, va globalement d’une part, amener ce christianisme-là à s’éloigner davantage du christianisme authentique et originel ; et d’autre part, susciter beaucoup de contestations plus ou moins structurées. Car non seulement, les autres principaux mouvements mis en place durant les trois premiers siècles (notamment, les gnostiques et les rigoristes) vont de plus en plus s’opposer aux universalistes/katholicos qui sont désormais appelés nicéens. Mais aussi, au sein même des universalistes nicéens, il va s’établir de nombreuses divisions : les communautés/églises de l’Europe occidentale (alliées à l’évêque de Rome) vont se voir très fortement opposer par celles de l’Europe orientale, par celles de l’Asie (alliées au métropolitain de Constantinople) ; et par celles de l’Afrique (alliées au patriarcat d’Alexandrie).

Tout ceci va avoir des conséquences multiples dont les retombées sont encore ressenties de nos jours. En effet, en plus de nombreuses querelles théologiques irrésolues, toutes ces communautés seront davantage investies par des dirigeants dont les pouvoirs seront basés sur divers systèmes de moins en moins en rapport avec le christianisme véhiculé par les premiers disciples de Jésus-Christ.

Ça sera donc le début d’un impressionnant foisonnement de mouvements et de communautés/églises différenciées (attachées ou pas directement à un pouvoir royal).


>Le mouvement des universalistes nicéens : Cette tendance fut l’aboutissement logique de l’affiliation du christianisme universel/catholique au pouvoir impérial romain qui dominait à l’époque. Comme nous l'indiquerons plus loin, les universalistes (ou les katholikos) vont avoir les faveurs des empereurs romains et deviendront les seuls régisseurs du christianisme étatique né sous le règne de Constantin le Grand lors de la deuxième décennie du 4ème siècle. Après la chute de l’empire romain occidental au 5ème siècle, sans pour autant être soumis aux nouveaux régnants, le mouvement des universalistes nicéens se maintint. En traitant des accords avec les militaires vainqueurs à Rome, ce mouvement va alors adopter une organisation politico-ecclésiastique inspirée des structures des cultes païens. Ainsi, en son sein, il fut mis en place une nette séparation entre les anciens (qui vont désormais être appelés prêtres) et les autres croyants, le peuple des fidèles. Il y aura donc la mise en place des deux groupes différents, l’un appelé le clergé, et l’autre nommé les laïcs.

Ensuite, dans un système très hiérarchisé, à l’intendance des prêtres dans une ville, on va placer un surveillant (episcopos/évêque) chargé de gouverner l’ensemble de fidèles (les laïcs) au sein d’un territoire appelé diocèse. Et, tout surveillant/évêque établi dans une capitale va alors porter le titre/nom de métropolite (ou archevêque).

Dorénavant, chaque concile (ou assemblée officielle d’évêques et de prêtes) allait décider de ce que le peuple des fidèles pouvait croire et pratiquer. L’adhésion aux conclusions d’un concile s’appela orthodoxie ; on désigna toute opposition par le terme hérésie, et le fait d’être rejeté (ou exclu) de ce mouvement fut nommé excommunication.

Voilà, comment progressivement -au sein du mouvement universaliste nicéen- l’archevêque de la ville de Rome va chercher à dominer sur les autres et finira par prétendre être le seul représentant/vicaire de Jésus-Christ en portant le célèbre nom/titre de pape (ou père). En effet, ce dernier va se prévaloir à administrer l’ensemble de communautés/églises des universalistes/katholicos nicéens de tout l’Empire. Comme nous le décrirons plus loin, au bout de compte c’est cette prétention qui va provoquer le conflit de trop ; lequel conduira à l’irréversible séparation entre l’archevêché de Rome et celui de Constantinople, et donnera naissance aux universalistes nicéens d’Occident (connus de nos jours sous le nom des catholiques) et aux universalistes nicéens d’Orient (connus de nos jours sous le nom des orthodoxes).

En outre, même si c’est notre rubrique « J’ai lu – J’ai compris – J’ai interprété » qui nous permettra de traiter amplement le contenu de ce mouvement ; voyons brièvement quelques exemples pertinents, de ces décisions conciliaires, qui sont encore pratiqués de nos jours :

-La confession des péchés (transformée en sacrement de pénitence[3]) devint officielle et obligatoire (En effet, comme dans les cultes de spiritualités païennes, les prêtres, du mouvement universaliste nicéen, furent obligatoirement établis comme les seuls intermédiaires entre Dieu et les hommes. Tout le peuple des fidèles fut ainsi convié à ne pas s’adresser directement à Dieu pour que ce dernier puisse en particulier pardonner leurs péchés).

-La communion (ou repas communautaire institué jadis par Jésus-Christ[4]), qui avait déjà fini par revêtir un caractère mystique suite à la doctrine de la transsubstantiation, devint l’élément essentiel de chaque culte chez les universalistes nicéens (En effet, le pain sans levain -appelé hostie/victime expiatoire- faisait désormais l’objet d’adoration, car il fut établi que ce dernier bénéficiait miraculeusement de la conversion en une autre substance. Cette doctrine signifiait que le Christ était matériellement présent dans l’hostie grâce à un phénomène surnaturel de l’Esprit Saint. Par ce dernier, le Christ se présentait donc à chaque consécration en médicament pour la vie éternelle).

-La pratique des reliques (ou le fait qui consistait à rendre culte aux supposés fragments du corps ou d’un objet associé à un défunt canonisé) va être à l’origine d’un commerce international très lucratif.

-Le culte des images et des statues : De la même manière que des idoles païennes étaient jadis vénérées, plusieurs images et statues représentant Christ, Marie et certains canonisés furent progressivement leur introduction dans différents rites afin de constituer un lien surnaturel entre d’un côté, le divin ; et de l’autre, le clergé ainsi que le peuple des fidèles. (Notons que c’est au concile d’Ephèse en 431, qu’il a été particulièrement et définitivement établi la mariologie/le culte à Marie que les universalistes nicéens tiennent indissociable à la christologie. À la même occasion, il fut alors accordé à Marie le titre de ‘Mère de Dieu’, lequel défendait déjà l’évêque égyptien Alexandre d’Alexandrie au concile de Nicée en 325).


Bon à savoir : Au premier concile de Nicée (en 325), il est affirmé que trois archevêchés (Alexandrie, Rome et Antioche) ont des compétences qui dépassent le cadre de leur région. Plus tard, les conciles de Constantinople (en 381) et de Chalcédoine (en 451) accordèrent le même statut «d’archevêché» aux centres de Jérusalem et de Constantinople. Ainsi le centre Jérusalem va échapper au pouvoir du celui d'Antioche et devient donc autonome. Quant à l'archevêché de Constantinople, il obtient immédiatement un rang après celui de Rome, celui-ci ayant la primauté d’honneur. Le centre d’Antioche (qui fut la première communauté des disciples du Christ fondée en dehors de la Palestine) voit ainsi sa circonscription diminuée en influence par rapport à ses deux proches voisines -Constantinople et Jérusalem-. Sachons que tout ce système est calqué sur les changemments de l’administration civile de l'Empire romain : La cité de Constantinople etant devenue la capitale de la partie orientale, Rome se veut son égale en Occident -insistant spécifiquement sur une première place symbolique- tandis qu'Alexandrie demeure une capitale économique.



Bien évidemment -parmi tant d’autres- les situations, que nous venons d’énumérer, vont (au sein et à l’égard du mouvement universaliste nicéen) être à l’origine de nombreux mouvements contestataires dont les principaux sont les suivants :

>Le mouvement des donatistes : Cette tendance découle de la doctrine de la pureté appelée aussi le puritanisme anti-apostate. C’est à l’initiative d'un évêque universaliste/katholicos de Numidie en Afrique du Nord connu sous le nom de Donat le Grand (270-355) -qui a été déclaré infidèle puis hérétique par ses compères- que le mouvement des donatistes (porteur du christianisme dit puritain ou rigoriste) consistera au relais des divisions qui eurent déjà lieu au 3ème siècle entre les communautés universalistes d’Afrique et celles d’Europe occidentale (en particulier, entre l’archevêché de Carthage et celui de Rome).

D’abord élaboré comme un mouvement d'opposition imprégnée de puritanisme (ou rigorisme) ayant en particulier des pratiques mettant l'accent sur le Saint Esprit, les donatistes (insistant que toute communauté/église locale ne saurait être un cadre où se mélangeraient des justes et des pécheurs coupables d’apostasie) vont non seulement d'une manière plutôt sévère contester -en l'an 313- une nomination universaliste épiscopale à Carthage (Afrique) ; mais aussi, malgré les décisions prises par deux conciles (à Rome et Arles) de les condamner et excommunier, ils vont dès l’an 325 opter pour une opposition très rigoureuse à l’égard des dirigeants et adhérents du premier christianisme d’état, en les considérant comme des apostats, des corrompus et des impurs.

Bien longtemps après avoir été condamné à la dissolution sous ordre impérial ; même si c'est à partir du 5ème siècle que le donatisme va davantage subir des oppositions doctrinalement structurées par Augustin d’Hippone et Jérôme de Stridon (deux éminents représentants du christianisme nicéen en Occident et farouches adversaires du donatisme) ; ce sont au final plusieurs conquêtes politico-militaires successives (détachant en particulier les régions africaines de l’Empire romain[5]) qui vont définitivement faire passer le mouvement des donatistes dans l’oubli.

Toutefois, notons que le concept du christianisme donatiste n’a jamais cessé de ressurgir de temps en temps grâce à celles et ceux qui parviennent à réclamer en être des héritiers.


>Le mouvement des ariens : Cette désignation est en effet associée au nom de Arius (256-336), lequel fut dans un premier temps un prêtre éminent et membre du mouvement universaliste d’Alexandrie (en Afrique du Nord). Ensuite, c’est en devenant fervent partisan d’un large courant théologique (issu entre autres du modalisme né au 3ème siècle) qui refusa d’adhérer au concept du divin trinitaire évoqué à son époque, que Arius va être déclaré hérétique pour avoir enseigné que « le Fils engendré n’est ni éternel, ni égal à Dieu ». En d’autres termes, Arius réfutait la notion de la divinité éternelle de Christ, tout en indiquant que le Christ était le premier et le plus excellent des êtres que Dieu le Père avait tirés du néant. En effet, pour Arius, même si Christ était élevé au-dessus de toutes les autres créatures ; Il était toutefois, dans sa nature, inférieur au Père. Christ était donc épris d’une certaine divinité, mais n’était pas du tout Dieu. Il n’était qu’une créature. Bien plus, pour Arius, l’Esprit-Saint aussi a été créé, seul le Père est donc éternel.

Ainsi, même la mise en place officielle de l’orthodoxie (ou du dogme) trinitaire, avec le soutien de l’empereur romain Constantin, n’arrêtera pas cette vive controverse. Car le christianisme arien -ou l’arianisme- (dont les membres faisaient partie de ceux qui rejetaient la doctrine ambiante de la trinité divine) fera longtemps écho au sein de l’Empire romain, en particulier chez les peuplades germaniques en Europe occidentale. Toutefois dès le 5ème siècle l’arrivée du roi Clovis, en Gaule romaine, va progressivement contribuer à faire disparaitre la forte influence de l’arianisme en Europe. Signalons cependant que cette dite disparition s’explique aussi par le fait que ce mouvement portait en lui plusieurs autres facteurs ayant largement contribué à ce déclin.

Mais comme pour le modalisme qui rejetait le divin trinitaire nicéen et affirmait la doctrine expliquant que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne constituent que différents aspects -ou modes- de l'Être divin plutôt que trois personnes distinctes telles que définies par les universalistes nicéens ; notons que le christianisme arien (indiquant que si le Fils témoigne de Dieu, Il n’est pas Dieu, et que s’Il possède un certain niveau de divinité, cette dernière est de moindre que celle du Père) n’a jamais cessé de temps en temps de réapparaitre grâce aux hommes et femmes qui parviennent à considérer en être dignes héritiers et restaurateurs.


>Le mouvement des ermites et des monastiques (ou du monachisme) :

Cette approche cultuelle (dont la véritable origine se trouve dans les spiritualités orientales) découla du fait que plusieurs prêtres -en particulier chez les universalistes nicéens- qui se considèrent lassés des dérèglements au sein de leur clergé, furent convaincus qu’il était alors préférable et possible d’assurer le salut de leur âme, en fuyant tout environnement ecclésiastique devenu mondain et malsain. Ce mouvement (porteur du christianisme ascétique) imposait donc beaucoup de privations et nombreux exercices autoflagellateurs considérés comme pieux. Compte tenu de la grande importance que le mouvement des ermites et des monastiques va prendre à partir du 11ème siècle, nous allons amplement traiter ce sujet lors de notre prochain numéro.


>Le mouvement des pélagiens : Cette tendance provient de la doctrine du libre arbitre de l’être humain (appelé aussi pélagianisme). En effet, ce mouvement a été conforté sous l’influence du moine Pélage (350-420) lequel fut dans un premier temps un éminent ascète et membre du mouvement universaliste nicéen. Mais ensuite, c’est en devenant fervent partisan d’un courant doctrinal qui prônait le refus de la doctrine du péché originel[6] que Pelage va être largement contesté et excommunié par ses compères. En effet, pour Pelage, les êtres humains n’ont pas à supporter le péché d’Adam et ne doivent donc pas chercher à être rachetés pour cela ; car Adam n’ayant causé des dommages qu’à lui-même. Pelage enseignait que tout être humain est né parfait sans péché et qu’après chacun (par la liberté de la volonté ou par son seul libre arbitre) avait la possibilité de choisir le bien ou le mal. Pour le courant doctrinal que défendait Pelage, la grâce divine consisterait donc au don du Créateur à l'être humain de sa nature dont l'attribut majeur est la liberté ; et le péché se réduirait à des fautes individuelles. Par conséquent, dans la Bible, Adam serait donc simplement un mauvais exemple à ne pas imiter pour les humains. Jésus de Nazareth ne serait alors pas le rédempteur de tous, mais un extraordinaire modèle de perfectionnement personnel pour chaque être humain.

Combattu vigoureusement par Augustin -évêque d’Hippone qui avait déjà lutté contre le donatisme- l’enseignement de Pelage sera particulièrement contesté par les communautés/églises d’Alexandrie et de Carthage (deux villes situées en Afrique). Ces deux centres contribuèrent activement aux conciles des universalistes nicéens qui vont alors définitivement condamner le pélagianisme.

Même si dès le 6ème siècle sa propagation déclina fortement, cependant notons que le christianisme dit pélagien n’a jamais cessé à refaire de temps en temps surface suite à la détermination des gens qui se considèrent être héritiers d’une notable doctrine naturaliste et rationaliste qui les enseignerait la possibilité de choisir le bien et donc de vivre sans péché, la possibilité de suivre les commandements de Dieu en insistant sur la primauté et l'efficacité de la volonté individuelle dans la pratique de tout ce qui est vertueux. Sachons par ailleurs que, c’est dans notre rubrique « J’ai lu – J’ai compris – J’ai interprété », nous tacherons de commenter le contenu de ce mouvement.


>Le mouvement des universalistes nicéens d’Orient (ou des orthodoxes) : Il est question ici du mouvement contestataire le plus emblématique, car cette tendance est issue de la plus retentissante désunion au sein du mouvement des universalistes nicéens. En effet, depuis le 5ème siècle (après la chute de l’empire romain en Occident) plusieurs querelles eurent lieu entre les communautés/églises alliées à l’archevêché de Constantinople (appelé patriarche) et celles attachées à l’archevêché de Rome (appelé papauté). À partir du 9ème siècle, diverses excommunications réciproques entre le patriarcat byzantin et le patriarcat romain vont apparaître à cause de nombreux conflits provoqués entre autres : -par des fortes divergences doctrinales, -par la langue officielle à adopter (le Grec pour les églises d’Orient et le Latin pour les églises d’Occident), -par le statut matrimonial du clergé (en Orient les prêtres se marient ; en Occident, le célibat des prêtres est rendu obligatoire)...

Le conflit majeur et latent fut celui concernant la suprématie épiscopalienne au sein du mouvement des universalistes nicéens (la papauté romaine exigeait sa supériorité sur le patriarche byzantin).

Par conséquent, c’est au 11ème siècle (en juillet 1054), lorsque le pape Léon IX ordonna le patriarche Ceralarius de se soumettre, les deux s’excommunièrent. Ainsi ce patriarche de Constantinople va déclarer et réclamer la réunification de toutes les communautés/églises universalistes orientales autour de sa personne. Voilà comment va démarrer le mouvement des universalistes nicéens d’Orient, lequel sera le vecteur du christianisme dit byzantin, et donna donc lieu à aux communautés/églises dites orthodoxes (ou l’église universaliste officielle d’Orient).

Le terme "orthodoxe" signifiant que ce mouvement estimait être la seule institution à demeurer conforme aux normes doctrinales du christianisme universaliste nicéen relatif aux communautés fondées par les apôtres de Jésus dans les provinces orientales de l'Empire romain[7]. Même si plusieurs tentatives de réconciliation, entre les deux principaux archevêchés, eurent lieu ; tout cela ne donnera aucune suite favorable. En effet, jusqu’à nos jours, la désunion organisationnelle et doctrinale demeure entre les responsables de la grande communauté universaliste d’Orient dite « Orthodoxe » et ceux de la grande communauté universaliste d’Occident dite « Catholique ».

Tandis que jusqu’au 15ème siècle, le mouvement de l’orthodoxie byzantine (dont le centre de l’archevêché était situé à Constantinople) va donc continuer plus ou moins à fédérer autour de lui les communautés/églises alliées aux patriarcats des autres principales villes du christianisme universaliste nicéen oriental ; le mouvement du catholicisme romain (dont le centre de l’archevêché fut à Rome) va quant à lui connaître -au 16ème siècle- une autre désunion majeure suite à l’émergence d’un grand mouvement appelé mouvement des universalistes nicéens réformistes (ou mouvement de la réforme protestante) d’Occident. Vecteur du christianisme dit professant (appelé aussi le protestantisme chrétien), notons que ce mouvement des réformistes a eu dans ses rangs Martin Luther (le célèbre moine allemand de l’ordre des augustins), particulièrement farouche opposant à la doctrine catholique romaine des indulgences et qui fut excommunié, par ses compères, pour ses thèses en Juin 1520. Cette date marque le début officiel de ce mouvement qui a progressivement donné lieu à un ensemble de communautés/églises dites issues de la Réforme. L'émergence de ce mouvement est aussi considérée comme un événement majeur qui contribua à changer profondément le cours de la civilisation occidentale. Lors de notre prochain numéro, nous allons amplement traiter les principales conditions qui ont donc conduit à son avènement.


LE CHRISTIANISME UNIVERSALISTE D’ÉTAT et

LES COMMUNAUTÉS/ÉGLISES EN AFRIQUE et EN ASIE.

Si l’empire romain d’Occident (avec Rome comme ville principale) s’écroule en l’an 476, celui de l’Orient (dont Constantinople est la capitale) se maintiendra jusqu’au 15ème siècle (en l’an 1453). Ainsi par rapport aux communautés/églises de l’Occident, celles du reste de l'Empire vont se développer différemment en s’attachant de plus en plus aux controverses doctrinales, en faisant de plus en plus appel aux interventions impériales dans le domaine ecclésiastique, et en ayant mis de plus en plus en place des communautés/églises variées et dispersées. En effet, avec la constitution de plusieurs églises nationales, dans les colonies romaines d’Afrique et d’Asie, le christianisme universaliste va particulièrement s’étendre d’Alexandrie (ville portuaire en Egypte) à l’Abyssinie (actuelle région située dans le nord de l'Éthiopie, l'est du Soudan et le sud de l'Érythrée) ; de l’Arménie à la Syrie, la Perse (actuel Iran), les Indes et même la Chine. Partiellement aussi touchée, par le christianisme universaliste, la région de l’Arabie va toutefois être très vite conquise dès le 7ème siècle (en l’an 622) par le mouvement des musulmans (porteur d’Islam -mot arabe qui signifie la soumission-).

Ce dernier (fondé par Mahomet et né au milieu d’un foisonnement de controverses doctrinales bibliques de l’époque) va d’une part, finir par placer beaucoup de patriarcats africains et asiatiques sous son hégémonie ; et d’autre part, va être composé des communautés variées dont les partisans considèrent le Coran, leur livre sacré comme écrit par Dieu, révélé donc au travers de leur principale guide (considéré comme le dernier prophète divin, Jésus de Nazareth étant l'avant-dernier prophète). Le mouvement des musulmans va en effet instituer une spiritualité dite abrahamique professant un monothéisme absolu. Parmi les nombreuses et diverses tendances du christianisme ambiant de l'époque, ce mouvement était plutôt proche de la christologie des nazôréens, lesquels furent un groupe de judéo-chrétiens partisans de la tendance ‘docétisme’ reconnaissant Jésus de Nazareth comme le messie et croyant en lui, tant dans son humanité que dans l'origine divine de son message, sans toutefois le reconnaître en Dieu ou comme étant Dieu.

En effet, la plus marquante des controverses doctrinales/théologiques concernait les natures (humaines et/ou divines) de Jésus-Christ (voir christologie). Dès le 5ème siècle de notre ère, cette grande controverse va donner lieu à une importante division : Les diverses communautés/églises de l’Afrique et du Proche-Orient quittèrent le mouvement des universalistes/katholicos nicéens.

Les nombreuses communautés/églises égyptiennes, éthiopiennes et syriennes (liées entre elles et admettant qu’entre les deux natures du Christ c’est la nature divine qui aurait absorbé sa nature humaine) vont donc être désignées comme des croyants d’une seule nature dominante. Elles seront ainsi dépositaires des thèses de la christologie dite monophysite.

Notons qu’en Afrique du Nord, la grande majorité de membres de cette tendance parlait la langue égyptienne copte, d’où l’appellation église copte orthodoxe.


En outre, longtemps avant la grande désunion survenue en l’an 1054 au sein du mouvement universaliste nicéen, plusieurs communautés nationales d’Orient s’étaient déjà séparées du mouvement universaliste nicéen lié au patriarcat de Constantinople. Parmi elles, il y avait des églises dites nestoriennes situées principalement en Mésopotamie (la plus grande partie de l’actuel Irak) et en Perse (actuel Iran). Toutes ces communautés/églises étaient dépositaires de la christologie dite diophysite, donc opposées au monophysisme (ou christianisme monophysite).

Dans au moins deux autres territoires africains, au Soudan et en Ethiopie, ces communautés/églises sont alors globalement appelées églises nubiennes.


Cependant, bien que certaines communautés/églises d’Orient soient restées encore attachées au patriarcat de Constantinople, notons qu’elles adoptèrent une forte indépendance en nommant chacune leur propre dirigeant. Ayant donc des rapports fraternels mais pas de soumission envers l’autorité de la communauté/l’église de la cité de Constantinople/Byzance ; toutes ces communautés (adhérant néanmoins aux mêmes cérémonies cultuelles et aux mêmes croyances institutionnelles que l’évêché byzantin) vont être appelées églises autocéphales.

___

Voyons ci-après un aperçu global des interactions entre les dirigeants dits religieux et les principaux pouvoirs politiques en Europe du 4ème au 11ème siècle.

LE POUVOIR IMPERIAL ROMAIN ET LE PREMIER CHRISTIANISME D’ÉTAT DE L’AN 325 À L’AN 476.

Parmi les empereurs qui ont régné durant cette période, il y a eu entre autres : - Constantin le Grand - Constantin II - Constant - Constance - Julien le philosophe - Théodose le Grand - Arcadius... (Cliquez-ici pour en savoir +)

Bon à savoir : L’année 476 est la période qui marque, pour les spécialistes en Histoire, le début du Moyen Âge en Europe occidentale. Ainsi, le Moyen Âge occidental est donc la période de l'histoire située entre l'Antiquité et l'Époque moderne, soit entre l’an 476 (fin de l'Empire romain d'Occident) et l’an 1492 (date à laquelle Christophe Colomb et Amerigo Vespucci arrivèrent aux territoires qui seront appelés les Amériques).


LE CHRISTIANISME D’ÉTAT et LE POUVOIR IMPERIAL EN EUROPE DE L’AN 481 À L’AN 1054.

En l’an 481, presque cinq ans après que le dernier empereur romain occidental ait renoncé à sa couronne, l’une de nombreuses confédérations de tribus germaniques (appelée les Francs), qui avait déjà conquis le territoire la Gaule romaine, aura comme principal dirigeant Clovis le mérovingien dont le règne se terminera en l’an 511, soit trente ans de pouvoir. Clovis 1er va donc finir par fonder le Grand Empire Franc après avoir occupé toute la Gaule romaine. Ayant pris parti contre l’arianisme et les cultes païens, mais aussi pleinement convaincu de la supériorité concernant la tendance universaliste du christianisme officiel de l'époque ; le roi Clovis (ancien païen converti et baptisé suite à une cérémonie organisée par Remi, l’évêque de la cité de Reims) va être celui qui fut que, pour la première fois, un peuple germanique (notamment, les Francs) puisse totalement adhérer au christianisme universaliste nicéen.

En effet, suite à sa conversion et compte tenu de son pouvoir politique grandissant, tous les sujets des territoires conquis vont progressivement aussi se convertir à ce christianisme-là. Et bien évidemment, au sein de l’empire dirigé par Clovis, naîtra alors la communauté/église catholique -nicéenne- nationale franque. Cette dernière va dépendre aussi bien de l’épiscopat de Rome que de la maison royale franque dont l'ensemble de la première dynastie (appelée les Mérovingiens) régna de l’an 458 à l’an 751, soit près des trois siècles. (Bon à savoir : La dynastie mérovingienne régnera sur un très grand territoire de la France, mais aussi sur une partie des territoires qui sont aujourd’hui la Belgique, l’Allemagne, la Suisse et les Pays Bas).


Désormais dans différents royaumes européens chaque dirigeant politique, qui va -dès lors- utiliser le christianisme ambiant pour asseoir son pouvoir, interviendra pour imposer la position qui lui parait la meilleure lors des débats sur les points doctrinaux bibliques divergents. En outre, très rapidement, les communautés/églises nationales devinrent des grands propriétaires terriens, et construisirent des grands bâtiments (cathédrales et basiliques) pour célébrer leurs activités cultuelles. De nos jours, nous pouvons observer particulièrement sur l’ensemble du territoire européen plusieurs de ces bâtisses construites dès le Moyen Âge.

Parmi les nombreux empereurs et/ou rois qui ont régné durant cette très longue période (du 6ème au 11ème siècle de notre ère), il y a eu entre autres : - Justinien le Grand - Pépin le Bref - Charles 1er (Charlemagne) - Otton 1er (ou Otton le Grand) - Vladimir 1er. (Cliquez-ici pour en savoir + )



PROCHAIN NUMÉRO

3ème PARTIE : Du Christianisme Romano-Byzantin Au Christianisme Réformiste Occidental - VERS LA NAISSANCE DU "MOUVEMENT DES REFORMISTES"

======================================================================= [1] Pour les noms, dates et lieux : les informations sont tirées du livre intitulé « MEMOIRE DU

CHRISTIANISME » - Editions Larousse 1999

[2] Maxence est l'empereur romain de l'an 306 à l'an 312.

[3] Il existe au sein du mouvement universaliste nicéen de Rome (ou église catholique) 7 sacrements qui sont : baptême, communion, confirmation, pénitence, mariage, ordination, extrême onction.

[4] Matthieu chap.26v26-29

[5] Les principales conquêtes sont celles des Vandales, des Byzantins et surtout celle des Arabo-musulmans.

[6] Genèse chap.3

[7] Cette communauté dite 'église orthodoxe' est aussi appelée 'église aux sept conciles' (Il s'agit de : Concile de Nicée en 325, de Constantinople en 381, d'Éphèse en 431, de Chalcédoine en 451, de Constantinople en 553, de Constantinople en 680 et de Nicée en 787). .

Opmerkingen


bottom of page